Pourquoi je m'excuse avant de poser une simple question

Il est 15h. Tu tapes « pardon de te déranger » avant même d'avoir écrit ta question. Tu relis, tu enlèves un mot, tu ajoutes « si tu as deux minutes ».

La question tient en une ligne. L'excuse qui la précède en tient trois. Devant la porte du bureau de ton manager, tu répètes la phrase dans ta tête avant d'entrer, tu frappes, tu entres à moitié, un pied encore dans le couloir. Au téléphone, tu commences par « je sais que tu es occupée » avant de dire pourquoi tu appelles. Même avec ta sœur, dans sa cuisine, tu dis « c'est bête mais » avant de lui demander si elle peut garder les enfants samedi. Ça me touche, toutes ces précautions pour dix mots.

Ce n'est pas la question qui te coûte, c'est la place qu'elle va prendre chez l'autre. Tu as déjà calculé le temps qu'elle demande, si le moment est le bon, si tu n'aurais pas pu trouver seule. Demander, dans ta tête, c'est prendre quelque chose à quelqu'un qui n'a rien demandé. Alors tu rembourses d'avance. Et la question arrive si petite qu'on l'entend à peine.

Tu t'excuses pour le dérangement avant même de savoir si tu déranges.

Je me demandais…

On verrait quoi de toi, si un jour tu posais ta question sans la rendre toute petite ?