Pourquoi je répète une conversation qui n'a pas encore eu lieu
Il est 22h47, tu fais la vaisselle, et tu marmonnes une phrase à quelqu'un qui n'est pas dans la pièce. Tu changes un mot, tu ajustes le ton, tu recommences.
Ça commence dans la voiture, sous la douche, juste avant d'éteindre la lumière. Tu prépares ce que tu vas dire à ton manager pour l'augmentation, ou à ta sœur pour l'argent qu'elle te doit. Première version, trop dure. Deuxième, trop molle. Tu changes l'ordre des mots comme si ça tenait à ça.
Et puis tu joues les deux rôles. Tu dis ta phrase, tu imagines sa réponse, tu prépares déjà ta réplique à cette réponse imaginaire. Ça me serre un peu, ce soin-là.
Ce que tu répètes, ce n'est pas ta phrase. C'est sa réaction. Tu veux savoir d'avance si l'autre va se fâcher, pleurer, ou répondre par une pique. Alors tu joues toutes les versions, pour n'être surprise par aucune. Le prix, c'est que le jour venu, tu n'as plus d'élan. Tu l'as eue vingt fois, cette conversation. La vraie te paraît presque en trop.
Ce que tu répètes, ce n'est pas ta phrase. C'est sa réaction.
Je me demandais…
Qui tu serais dans cette conversation, si tu ne savais pas d'avance ce qu'on va te répondre ?